L’EDITO DE DENOMAN – REINE ABLA POKOU

Je suis assis, masqué à cause de la covid-19, dans la salle d’attente de mon ophtalmologue, lorsque j’entends le docteur appeler un patient. Il crie, madame Toure, madame Toure, madame Toure.

Après quelques secondes d’hésitation, une africaine se lève brusquement comme sortie de son sommeil. Elle regarde le médecin et dit à voix intelligible : c’est madame Touré, Touré. Le médecin consulte la fiche en main, regarde la jeune dame et murmure, madame Touré.

Cette scène me fit repenser à plusieurs situations identiques. En effet on a déjà entendu des journalistes sportifs dire Diomande parlant de notre international Diomandé.

Néanmoins, le sujet me fit voyager plus loin encore dans le temps et sur les terres de mes ancêtres walèbo. La situation me fit penser particulièrement à la Reine Abla Pokou. Je continue de me demander si cette personne s’appelait vraiment Abla Pokou ou si son identité avait subit une modification sonore. Le peuple qu’elle conduisait que nous appelons aujourd’hui le peuple baoulé, signifie ”l’enfant est mort”. Mais tous les baoulés savent que le mot ”baoulé” ne donne pas cette définition mot à mot. Le peuple devrait s’appeler certainement ”bagne wouli”.

Toujours dans cette logique que vous commenciez certainement à cerner, les modifications ou déformations n’ont probablement pas touchés que les noms. Les histoires de nos peuples ont également souffert du mauvais décryptage sonore  de nos interlocuteurs.

Au sujet de la légende de la reine Abla Pokou, il nous est donné de lire des versions fondamentalement différentes. Une version dit que la reine a donné son fils unique en sacrifice alors que la deuxième version dit qu’elle a plutôt donné le fils de sa sœur. Si elle a donné son propre fils cela laisse entendre qu’elle avait un homme dans sa vie qui était son marié. Car à cette époque une personnalité de son rang ne pouvait pas avoir des enfants hors mariage ou avant mariage. Alors si notre reine avait un mari, ce dernier était-il du voyage forcé ? ou était-il resté combattre dans le royaume à côté du frère de sa reine de femme ? S’il était du voyage, la reine avait-elle eu d’autres enfants après l’installation du peuple dans le centre de la Côte d’Ivoire ? Cette première version soulève plusieurs interrogations.

Par ailleurs, selon la deuxième version qui dit que la reine a sacrifié le fils de sa sœur, elle aurait d’abord  essuyé le refus de son frère qui n’a pas eu l’approbation de sa femme pour que la reine sacrifie leur fils. La reine a demandé à sa sœur et a pu faire le sacrifice demandé. C’est après cela que la reine aurait décidé que désormais la succession au trône sera exclusivement réservée aux enfants de la sœur et pas du frère. La succession matrilinéaire serait ainsi née au bord du fleuve Comoé. Néanmoins, cette règle laisserait croire que dans le royaume d’origine la succession n’était pas matrilinéaire.

Le cadre est fixé. Le ton est donné. Le journal en ligne, walebo-news.com, souhaite ardemment ouvrir le débat sur les divergences historiques de notre peuple. Tout ne sera pas dévoilé aux yeux du monde car dans un royaume tout ne se dévoile pas sur la place publique encore moins devant les non initiés ni les étrangers. Mais pour la pérennité de nos traditions et dans le soucis de transmission de l’héritage commun, la nouvelle génération porteuse du flambeau se doit de discuter sur les projets d’avenir du peuple Baoulé. Le social, l’économique, le développement de notre cité est notre préoccupation. Mais selon un adage, ”pour aller loin il faut savoir d’où on vient”. C’est pour cela que pendant que nous réfléchirons à l’avenir de notre peuple nous aborderons les questions liées à nos us et coutumes Walèbo. C’est en enseignant nos valeurs ancestrales aux jeunes générations que nous pourrions leur laisser la relève sans inquiétude pour l’avenir.

Le journal ”walebo-news.com” traitera des questions du royaume mais sera aussi une fenêtre ouverte sur le monde, un canal de communication jetant ses projecteurs sur la vie des villages et hameaux qui composent le peuple Walèbo. Dans ce siècle connecté, notre mission est de travailler pour la visibilité et la valorisation de notre cité royale.

Désormais vous serez informés de tout ce qui se passera dans le Walèbo. Vos activités, vos initiatives culturelles, sociales, environnementales, commerciales et toute action valorisante de l’humanité sera le terreau de nos semences. Nous attendons vos contributions pour donner du sens à nos projets.

Sous l’arbre, on informe.

Que la reine Abla Pokou veille sur le walèbo.

Faustin Denoman | denoman@walebo-news.com |

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