La noix de cajou, une manne économique florissante à double tranchant pour le pays
Elles sont devenues incontournables à l’heure de l’apéritif : les Français raffolent des noix de cajou. En Côte d’Ivoire, la filière s’industrialise pour répondre à une demande en plein essor. Les usines de transformation se multiplient et le secteur fait vivre de nombreuses familles. Mais ce business florissant transforme aussi les paysages, des arbres sont abattus et certaines zones déboisées pour étendre les plantations.
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Les Français en mangent toujours plus. Grillée, nature, salée… La noix de cajous’est imposée dans les habitudes des ménages, pour l’apéro ou comme petit encas improvisé. « C’est hyper bon, c’est ludique, ça se transporte dans le sac à main. On peut en acheter, les manger à toute heure de la journée… », pointe une adepte. « C’est un goût différent des amandes, c’est plus charnu », fait valoir une autre consommatrice.
Source de protéines végétales, mais aussi de magnésium ou de fer, la noix de cajou est bonne pour la santé. En France, les importations ont augmenté de près de 10% ces cinq dernières années. Et le premier fournisseur de la France, c’est la Côte d’Ivoire, à 4 500 km plus au sud. De grands arbres, les anacardiers, produisent les futures noix de cajou, suspendues à l’extrémité d’une petite pomme colorée.
C’est jour de récolte dans un champ du centre du pays. La noix de cajou fait vivre ici des centaines de milliers de personnes. Des femmes, comme Ami, gagnent environ cinq euros par jour pour les ramasser. « Elle est prête, parce qu’elle est tombée », explique la jeune femme, qui précise que « si on la cueille en haut, la noix n’est pas solide. » Ensuite, il faut détacher cette noix de son fruit, et, là encore, tout se fait à la main.
Une production rentable, qui s’est considérablement développée en Côte d’Ivoire en 10 ans
Bamba Adama a le sourire, il est le propriétaire de la plantation. En haute saison, il peut récolter 40 kilos par jour. Une activité rentable qui lui rapporte plusieurs milliers d’euros par an. « C’est cette noix que nous commercialisons vers l’Europe et l’Asie. C’est cette noix-là qui vous permet de faire les apéros, tout ça », souligne le producteur. La production ivoirienne a doublé en 10 ans.
Mais ce qui a changé, surtout, c’est ceci : d’immenses usines de transformation de noix de cajou ont fait leur apparition en Côte d’Ivoire depuis 2015. Il y en a aujourd’hui une trentaine, comme celle au cœur d’Abidjan. Cynthia Niamoutié a été l’une des premières à voir l’immense potentiel de la filière. Elle a quitté son emploi dans l’automobile pour tout investir dans l’usine. Ici, les cajous venues de tout le pays sont triées selon leurs calibres, chauffées à haute température, puis décortiquées. « On va casser pour enlever la coque. Les coques vont être récupérées et les amandes vont continuer tout le long du processus », indique la directrice générale de Cilagri-Cajou.
L’usine emploie une cinquantaine de trieuses. Elles doivent s’assurer que le produit final est parfait pour le marché européen. La Côte d’Ivoire transforme localement 30% de sa production, l’objectif est d’atteindre les 50 % d’ici 2030. « On est déjà premier producteur mondial. L’objectif, c’est de continuer à être premier transformateur mondial et à gagner de plus en plus de parts de marché, en nous distinguant sur le fait que nous soyons un produit d’une seule origine, et surtout, sur la qualité de la noix de cajou », précise Cynthia Niamoutié.
Un enjeu environnemental et économique
Mais cette hausse rapide de la production n’est pas sans conséquence. Des ONG pointent du doigt les dangers pour l’environnement. Arnaud Koffi travaille pour Green Forests Africa, il rend visite à un planteur du centre du pays. Le planteur de cajou veut agrandir son exploitation, alors, il a abattu un arbre centenaire. Et ce n’est pas le seul. Vu du ciel, le déboisement est saisissant : des dizaines d’hectares défrichés pour y planter des anacardiers. « C’est beaucoup de peine ! Il faut que cela soit bien réglementé, que cela soit organisé, créer des espaces agricoles et des espaces non agricoles pour protéger la nature, pour protéger l’environnement », souligne Arnaud Koffi.
D’autant que la fièvre de la noix de cajou ne touche pas que la Côte d’Ivoire. Tous les pays voisins, le Nigeria, le Bénin, le Ghana, ont aussi vu leur production s’envoler. L’Afrique de l’Ouest produit aujourd’hui trois millions de tonnes de noix de cajou par an, pour des revenus qui dépassent désormais un milliard et demi d’euros chaque année.
SOIURCE : France 2 – N. Bertrand, M. Kouho, L. Chaussoy, S. Sané

